21 mars 2007

MATRIX REVOLUTIONS

À la fin de Matrix reloaded, le spectateur était quelque peu désarçonné, à la fois déçu par le film et alléché par un dénouement à suspense. Matrix revolutions allait-il signer un rebond salvateur pour la trilogie, ou marquer son déclin définitif? Après un premier quart d'heure plutôt satisfaisant, c'est pourtant la deuxième alternative qui s'impose. Si Matrix revolutions n'atteint jamais le niveau de Matrix, il aurait au moins pu permettre de réévaluer Matrix reloaded. Las : encore plus bavard que le volet précédent, et bizarrement dépourvu de l'action qui faisait son jus, Matrix revolutions signe une conclusion scénaristiquement baclée, qui ressemble au mieux au pilote d'une série de SF, au pire à un plagiat bon marché. On devrait vibrer, pleurer, se ronger les sangs devant cette apocalypse apparemment imminente ; mais non. Quant à la toute fin du film, elle prête clairement à sourire.
Pour éviter de s'endormir devant ce trop long spectacle, on évitera de s'apesantir sur les effets spéciaux (les rares scènes de combat puent le numérique et le dépassement de budget) et sur les rouages d'un scénario en berne ; on se focalisera uniquement sur les quelques scènes réussies qui parsèment le film. Celles du métro, notamment, permettent d'imaginer ce qu'aurait pu être la trilogie si les Wachowski avaient su dès le départ la concevoir come telle. On repart des regrets plain les valises devant cet insondable gâchis, pas détestable pour deux sous mais définitivement décevant.
3/10

14 mars 2007

MATRIX RELOADED

On prend les mêmes et on recommence. Quatre ans après Matrix, revoici les Wachowski avec un double projet ambitieux et tonitruant : deux films tournés à la suite, Matrix reloaded et Matrix revolutions, aux budgets explosant tous les records, complétant le premier film en une trilogie.
D'emblée, on sent que Reloaded n'aura pas la singularité du premier volet : comme s'ils autoadmiraient (c'est probable), Wacho & Wacho usent du bullet-time à l'envi et multiplient les scènes d'action sans justification particulière. Par ailleurs, le thriller informatique a brusquement laissé place à une science-fiction underground sans grande saveur, avec une profusion de personnages secondaires plus ou moins intéressants. Cette fois, il ne s'agit plus seulement de combattre la Matrice, mais de sauver le monde en butant des vaisseaux ennemis. Là où la force psychique et l'autopersuasion permettaient précédemment de vaincre ses adversaires, il est désormais question d'une simple guerre souterraine. À la tête du mouvement, Morpheus (Lawrence Fishburne, un peu caricatural) mène ses troupes comme le ferait le grand gourou d'une secte d'allumés complets.
La cohérence de l'ensemble s'est envolée, et les Wachowski, sous la houlette de Joel Silver, semblent avoir opté pour un tout-à-l'action certes impressionant mais extrêmement vain. À cet égard, la scène de l'autoroute, annoncée comme la claque du siècle avec son budget indécent, n'apparaît que comme le caprice de deux gamins doués mais désoeuvrés. Lorsqu'ils redeviennent des adultes, les frangins s lancent alors dans des réflexions plombantes et inutiles sur la Matrice, son pourquoi et son comment. Ce qui était si bien résumé dans Matrix est désormais étalé jusqu'à la rupture. Cela donne lieu à quelques scènes absconses et assez ridicules (désolé pour Lambert Wilson).
Avant même que Matrix revolutions ne sorte sur les écrans, il était déjà clair que Larry et Andy Wachowski avaient raté leur coup en voulant prolonger leur premier film. Le semi échec de Matrix reloaded, malgré quelques scènes très réussies, faisaient craindre un troisième film franchement médiocre, qui fasse régresser encore un peu cet univers si séduisant à la base. Des craintes malheureusement justifiées...
5/10

10 mars 2007

MATRIX

On ne présente plus le film des frères Wachowski, annoncé à l'époque comme celui qui allait révolutionner le cinéma de SF pour les cent années à venir. Avec du recul, et sans doute à cause des épisodes suivants, le premier Matrix n'apparaît plus que comme un divertissement haut de gamme maniant aussi bien la nitroglycérine que la matière grise.
Malgré sa complexité apparente, Matrix est un film plutôt lisible, cohérent, profond jusque dans ses aspects les plus bassement philosophiques. La Matrice, invention géniale et tellement crédible, est propice à la création d'un univers visuel sans précédent, dans lequel tout est possible. C'est presque le problème du concept du film : une fois assimilés les préceptes de la Matrice, on comprend que n'importe quoi peut se produire, un évènement ou son exact opposé. Le beau savoir-faire narratif et visuel des Wacho brothers peut alors sembler un peu vain.
Cependant, il serait un peu bête de bouder son plaisir devant ce formidable spectacle Parce que le côté totalement imprévisible du film lui donne quand même un charme fou. Parce que l'innovation est telle qu'on ne se lasse pas de certaines images. Et parce que certains personnages (en particulier l'agent Smith, formidable Hugo Weaving) ont une dimension telle que l'on a envie de les suivre dans d'autres aventures au coeur de cet univers aux possibilités infinies. Désir commun à des millions de spectateurs et entendu par les Wachowski, qui allaient bientôt transformer un projet unique en une trilogie discutable.
8/10

02 mars 2007

CLERKS 2

Dix ans plus tard, Randall et Dante, nos branleurs préférés, n'ont pas vraiment changé. Enfin, surtout Randall ; Dante, lui, s'apprête à convoler avec une fille trop canon pour lui. La veille de son grand départ pour le New Jersey, les deux potes se font une dernière journée à l'ancienne, prostrés derrière le comptoir du fast-food où ils travaillent...
Le temps ne fait rien à l'affaire : quand on est con, on est con. Brassens avaait foutrement raison, et les héros de Clerks confirment cet adage : une décennie a beau avoir coulé sous les ponts, les compères n'ont guère évolué. Toujours les mêmes discussions stupides (pour ou contre le "cul-sur-bouche"? Star Wars ou Lord of the rings? les trolls du vagin existent-ils?), les mêmes obsessions, le même désir de ne rien foutre. Ça pourrait (et ça devrait) sembler bigrement répétitif, sauf qu'on ne se lasse jamais vraiment de ce genre de stupidités. Le don de Kevin Smith pour les dialogues n'a pas changé, et fait de Clerks 2 un total délice. Les acteurs sont égaux à eux-mêmes, c'est-à-dire sans doute pas loin de jouer leurs propres rôles. Au rayon nouvelles arrivées, bienvenue à Rosario Dawson, impayable en cheffe de rang un peu obsédée, infiniment sympa... et terriblement séduisante.
En fait, s'il y avait matière à rechigner, ce serait plutôt au niveau des changements effectués. Exit le noir et blanc crasseux (auquel un hommage est brièvement rendu en début et en fin de film), qui donnait à l'ensemble un côté vraiment authentique. Pire : il y a même un semblant d'intrigue! Hérésie! Car bien entendu, Dante n'est pas certain à 100% de vouloir aller s'enterrer dans le New Jersey avec la femme qui l'aime. Cela donne lieu à quelques scènes "dramatiques" (faut pas exagérer), avec quelques bonnes phrases bien stéréotypées au milieu. Heureusement, la déconne reprend bien vite le dessus. Et quiconque rêve de voir une certaine Kelly offrir une caresse buccale à une mule doit impérativement voir ce Clerks 2 savoureux, nostalgique et toujours aussi bête. Dans le générique de fin, il est précisé qu'un troisième volet est envisagé (mais pas tout de suite, évidemment). Faut signer où?
8/10
(sortie en salles prévue le 2 mai 2007, sous réserve d'une énième sortie repoussée)